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Le Figaro: Podgorica ne veut plus que sa marche vers l'Europe soit ralentie par la Serbie

Published date: 16.12.2008 17:24 | Author: Kliping inostranih medija

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Isabelle Lasserre

16/12/2008


Milo Djukanovic, président du Monténégro, estime qu'en 2012 son pays aura effectué les réformes nécessaires pour entrer dans l'Union.

Podgorica ne veut plus que sa marche vers l'Europe soit ralentie par la Serbie.

Deux ans seulement aprćs son indépendance, le petit Monténégro -650 000 habitants- a déposé lundi sa candidature officielle d'adhésion à l'Union europé­enne auprćs de Nicolas Sarkozy. Une étape prévue de longue date, mais que Milo Djukanovic tenait à officialiser avant la fin de la présidence française. "La France, explique le premier ministre monténégrin, est l'un des grands pays qui ont porté l'idée d'unification européenne. Il était important pour nous que ce rapprochement s'effectue sous sa présidence."

La monnaie unique adoptée

Comme il a résisté pendant plusieurs années aux pressions des Occidentaux qui lui demandaient de renoncer à organiser un référendum sur l'indépendance, l'homme fort du Monténégro a dû bagarrer ferme pour pouvoir déposer sa candidature avant le 1er janvier 2009. Au sein de l'UE, de nombreux États membres auraient préféré qu'il le fasse sous la présidence tchćque, qui a promis de soutenir l'intégration des Balkans occidentaux dans leur ensemble. "La politique selon laquelle les États balkaniques devraient avancer de façon parallćle à l'UE, l'idée de progrćs collectif, est trćs attrac­tive", concćde Milo Djukanovic. Mais elle est, selon lui, trćs risquée. "Elle punirait les pays qui ont beaucoup travaillé, comme le Monténégro, pour respecter les standards imposés par l'UE. Au lieu de tirer la région vers le haut, elle la tirerait vers le bas."

En matićre de réformes politiques et économiques, la Serbie voisine n'a en effet pas le même bilan que son petit voisin. Depuis l'arrestation du criminel de guerre Radovan Karadzic en juillet, la Serbie n'a pas franchi de
nouvelle étape dans son rapprochement européen. Belgrade n'a toujours pas
livré Ratko Mladic, inculpé de génocide pour son rôle dans la guerre de Bosnie, au Tribunal pénal international de La Haye.

Seul pays de la région à avoir accédé à son indépendance sans faire la guerre, le Monténégro, qui a depuis longtemps adopté la monnaie unique, ne veut plus que sa marche vers l'Union européenne soit ralentie par la Serbie.

Colćre et frustration

Mauvaises depuis que le Monténégro a décidé de quitter la fédération yougoslave, les relations entre Belgrade et ­Podgorica se sont à nouveau dégradées en octobre, lorsque le Monténégro a reconnu l'indépendance du Kosovo, officielle depuis le 17 février. Belgrade a rappelé son ambassadeur au Monténégro et le premier ministre a reçu des lettres de menaces. "Ce n'est pas une décision que j'ai prise à la légćre, car je savais qu'elle allait provoquer colćre et frustration à Belgrade. La Serbie et le Monténégro ont une longue histoire commune. Mais, à partir du moment ou l'indépendance du Kosovo était reconnue par une cinquantaine d'États, par la plupart des pays de l'UE et de l'Otan, il était illusoire de penser que l'histoire pouvait repartir en arrićre et que l'indépendance du Kosovo pouvait être annulée. Cet acte n'a fait que formaliser une réalité qui existait sur le terrain depuis huit ans. Reconnaître cette indépendance contribuait à stabiliser la région en la forçant à rompre avec ses illusions", explique le premier ministre monténégrin.

> La candidature d'adhésion à l'UE relćve pour lui de la même démarche. Il se dit persuadé qu'elle peut aider la Serbie "à affronter son passé et à se tourner vers l'avenir". Milo Djukanovic estime qu'en 2012 son pays aura effectué les réformes nécessaires pour entrer dans l'Union. "Nous ne voulons prendre aucun raccourci. Mais il est important pour nous de maintenir le consensus pro-européen parmi nos citoyens en leur donnant le sentiment que nous progressons vers l'UE."